abel nicosdriou project

L'Île de la Mémoire

Souvenir de Mwene Mutapa - Cartographie exotique d’une collection

Avec les oeuvres de Taysir Batniji, Cengiz Çekil, Liu Chuang, Regina José Galindo, Fritzia Irízar, Iman Issa, Teresa Margolles, Sopheap Pich, Danh Vō

 

Conférence: Mémoire et effacement dans les films de William Kentridge. Le monde conçu comme processus. par Tania Nasielski. Amphithéatre Ensa Bourges

Projet extérieur: Palenqueros de Marcos Avila Forero. la borne - Le pays où le ciel est toujours bleu, Bourges

--

(english version below)

L’île de la Mémoire – deuxième volet d’exposition de la proposition curatoriale de Nicolas de Ribou,Souvenir de Mwene Mutapa – Cartographie exotique d’une collection – regroupe les œuvres de neuf artistes issues de la collection Famille Servais (Bruxelles) abordant la mémoire à travers une réflexion sur les monuments et les nouvelles formes symboliques qu’ils peuvent recouvrir. 
Les mémoriaux présentés ici rendent compte des réalités politiques et sociales de différents territoires et d’individus.

Le titre de l’œuvre de l’artiste palestinien Taysir Batniji GH0809 est l’abréviation de “Gaza House 2008-2009”. Cette série présente des maisons détruites photographiées à Gaza peu de temps après l’attaque israélienne “Plomb durci” (fin 2008, début 2009), à l’occasion de laquelle un nombre important de civils palestiniens, la plupart enfants, furent tués. Présentée à la manière des agences immobilières, l’œuvre met en tension un support identifié et assimilé évoquant une annonce commerciale face à une réalité quotidienne moins familière. 

With a cleaning cloth de l’artiste turque Cengiz Çekil est une série de toiles retournées au centre desquelles est tendu en suspension un chiffon à poussière. Le motif de fond composé de peinture et de dentelle diffère selon un système d’association créé par l’artiste. L’ensemble de toiles (la série en compte cent quarante quatre), la répétition, la déclinaison des motifs et les matériaux de nature quotidienne et domestique évoquent simultanément l’artisanat et la production automatisée en série. L’artiste intériorise par ce biais l’impitoyable autonomie de la femme. 

Love Story de l’artiste chinois Liu Chuang rassemble des centaines de romans populaires loués ou empruntés par des travailleurs migrants à Dongguan (Chine) et les notes anonymes accumulées sur ceux-ci. L’artiste les a rassemblées en sept catégories : brouillon de lettre, journal intime, poèmes, informations personnelles, numéro de téléphone, mémo, griffonages. Écrits par différentes mains, les inscriptions deviennent un portrait de la Chine ouvrière. Chaque texte présenté dans l'exposition est codé avec une roche peinte à la main déposée sur la page ouverte et se rapporte à la couleur du texte écrit sur les murs de la galerie. 

Dans ¿Quién puede borrar las huellas? l’artiste guatémaltèque Regina Jose Galindo est vêtue de noir et marche pieds nus, laissant sur son passage des empruntes de sang humain sur les trottoirs qui vont du Corte de la Constitucionalidad (tribunal) jusqu’au Palacio Nacional (siège de la présidence) à Guatemala City. La performance de l’artiste intervient en mémoire des victimes du conflit armé au Guatemala, le jour de l’annonce de la candidature à l’élection présidentielle de Efraín Ríos Montt, un ancien militaire, génocidaire et putchiste. 

L’artiste mexicaine Fritzia Irízar convoque dans son œuvre Naturaleza de imitación la communauté tarahumara de l’état de Chihuahua affectée par une crise alimentaire atroce. Elle récupère leurs cheveux pour les transformer par un processus d’extraction des molécules de carbone en un diamant. Cette transformation met en crise le processus d’obtention du diamant, objet qui au cours de l’histoire à été la cause des expressions de déshumanisations les plus cruelles. Le diamant, idéal de pouvoir économique et d’élégance, est ici créé grâce aux personnes qui vivent dans des conditions précaires mais qui ont un rôle essentiel dans l’héritage culturel du pays. 

L’artiste égyptienne Iman Issa pense le langage symbolique des monuments et mémoriaux, en se positionnant dans les interstices entre réalité physique et mémoire personnelle. En présentant des contre-monuments, l’artiste offre une antithèse aux doctrines officielles. Les deux œuvres présentées, issues de la série Material, se réfèrent à des monuments que l’artiste connait personnellement au Caire, et dont elle réactive la mémoire à partir d’un langage neuf. Une forme en construction ; les matériaux ont pour elle une plus grande capacité à régénérer le devoir civique et la mémoire que la structure physique des monuments officiels intemporels. 

Dans sa série photographique Recados póstumos, l’artiste mexicaine Teresa Margolles place des fragments de messages laissés par des personnes qui se sont donné la mort sur les panneaux d’affichage des cinémas abandonnés de Guadalajara. Les phrases peuvent être cyniques et banales (“je l’ai tuée parce que mes amis m’ont dit qu’elle m’avait trompé”), ou pathétiques (“adieu, te dit la moche, la fille dégoûtante que tu détestais”). Le résultat est un déchirant témoignage de la violence quotidienne et de la misogynie. 

L’artiste cambodgien Sopheap Pich travaille principalement avec des fines lanières de rotin et de bambous. Il créé des formes sculpturales qui abordent les notions de temps, de mémoire et de corps, en échos à l’histoire du Cambodge en particulier durant la période des Khmers Rouges entre 1975 et 1979, sa culture, ses traditions anciennes et ses luttes contemporaines. L’œuvre Luminous Fall (Four Falls) reprenant le motif de la grille n’est pas sans évoquer les conditions de détention et d’enfermement de cette époque. 

L’œuvre de l’artiste d'origine vietnamienne Danh Vo présentée est une copie écrite à la main par le père de l’artiste qui ne comprend pas le français d’une lettre du missionnaire Jean-Théophane Vénard (1829-1861) envoyée à son propre père la nuit avant son exécution au Vietnam pour prosélytisme chrétien. Le simple geste de transcription, évoque l’histoire coloniale du Vietnam et à un niveau plus personnel, témoigne de deux relations père-fils à cent cinquante ans d’écart. En s’appropriant ce courrier, l’artiste fait transparaître les allusions et les souvenirs qui forment son passé et son présent aussi bien que le nôtre.

--

L’île de la Mémoire – the second installment installment of Nicolas de Ribou’s curatorial proposition Souvenir de Mwene Mutapa – Cartographie exotique d’une collection, gathers works from nine artists from the Servais Collection (Brussels), and focuses on memory through a reflection on monuments and on the new symbolic forms they may take.

The memorials presented here account for political and social realities attached to various territories and individuals.

Palestinian artist Taysir BatnijiGH0809 is the abbreviation of “Gaza House 2008-2009.” This series presents destroyed houses, photographed in Gaza shortly after the Israeli “Operation Lead Hardened” (late-2008, early-2009) that caused the death of a high number of Palestinian civilians – mostly children. Displayed in the manner of real estate agencies, the work sets up a tense relationship between the recognizable, assimilated support of the commercial advert and a less familiar daily reality. Turkish artist Cengiz Çekil’s With a cleaning cloth is a series of turned-around canvases. At the center of each one hangs stretched cleaning cloth. The background motif, composed of paint and of lace, varies according to an associative system created by the artist. The set of canvases (144 pieces), the repetition, the varying motifs and the daily, domestic materials simultaneously evoke craftsmanship and automated mass production. In this way, the artist internalizes woman’s merciless autonomy.

Chinese artist Liu Chuang’s Love Story gathers hundreds of romance novels rented or borrowed by migrant workers in Dongguan (China) and the anonymous notes accumulated inside these books. The artist arranged these notes according to seven categories: drafts of letters, diary, poems, personal information, phone numbers, memos, scribbles. Written by different hands, the inscriptions reveal a portrait of proletarian China. Each text on display in the exhibition is coded with a hand-painted rock placed on the open page, referring to the color of the text written on the gallery walls.

In ¿Quién puede borrar la huellas?, Guatemalan artist Regina Jose Galindo is dressed in black and walks barefoot, leaving behind her traces of human blood on the pavements that connect the Corte de la Constitutcionalidad (Court of Justice ) and the Palacio Nacional (Presidential Office) in Guatemala City. The artist’s performance was made in memory of the victims of the Guatemalan armed conflict that occurred the day Efraín Ríos Montt, a former military, involved a coup and accused of genocide, announced he was candidate to the presidential election.

In Naturaleza de imitación, Mexican artist Fritzia Irízar invokes the Chihuahua state Tarahumara community, plagued by a terrible food crisis. Salvaging their hair, she then turns it into a diamond through a carbon-molecule extraction process. This transformation challenges the process of diamond acquisition, as the stone has been the cause of the cruelest forms of de-humanization throughout the course of history. An ideal of economic power and elegance, the diamond is here the fruit of people living under precarious conditions, yet playing an essential part in the country’s cultural heritage.

Egyptian artist Iman Issa reflects on the symbolic language of monuments and of memorials by inhabiting the gaps between physical reality and personal memory. Proposing counter-monuments, the artist provides an antithesis to official doctrines. The two works on display, taken from the Material series, refer to Cairo monuments familiar to the artist, who reactivates them by using a new language. A form in the making; according to Issa, materials have a greater capacity for regenerating civic duty and memory than the physical structure of timeless, official monuments.

In the photographic series Recados Póstumos, Mexican artist Teresa Margolles places fragments of messages left by people who took their own lives on the billboards of abandoned movie theaters in Guadalajara. The sentences are alternatively trivial (“I killed her because my friends said she cheated on me”) and pathetic (“farewell from the ugly, disgusting girl you hated so much”). The result is a heartbreaking testament to everyday violence and misogyny.

Cambodian artist Sopheap Pich mainly works with thin rattan and bamboo lashes, creating sculptural forms reflecting on the notions of time, memory and body, in echo to Cambodian history – more specifically the Khmer Rouge period between 1975 and 1979 –, the country’s culture, its ancient traditions and its contemporary struggles. Luminous Fall (Four Falls) deploys a grid-like motif that reminds the prison conditions of that period.

Vietnamese-born artist Danh Vo’s work on display is a handwritten copy, written by the artist’s father, who doesn’t read French, of a letter by missionary Jean-Théophane Vénard (1829-1861) sent to his own father the night before his execution in Vietnam for Christian proselytism. The simple gesture of transcription evokes Vietnam’s colonial history, and on a more intimate scale bears witness to two father-son relations 150 years apart. By appropriating this letter, the artist reveals allusions and memories that have shaped his past and his present as much as ours.

--

Cengiz ÇekilTemizlik beziyle / With a cleaning cloth, 2012, 250 x 250 cm, peinture acrylique, dentelle, tulle, ficelle, chiffon à poussière - Courtoisie de l'artiste, Galerie Rampa, Istambul et Collection Famille Servais, Bruxelles
 
Fritzia IrízarSin Titulo (Naturaleza de imitación), 2012, diamant, 4mn - Courtoisie de l'artiste, Galerie Talcual, Mexico et Collection Famille Servais, Bruxelles.
 
Iman IssaMaterial for a sculpture representing a bygone era of luxury and decadence, 2010, Sculpture en laiton, socle, lettrage vinyle, 125 x 55 x 47 cm - Courtoisie de l'artiste, Galerie Rodeo, Istambul et Collection Famille Servais, Bruxelles
 
Iman IssaMaterial for a sculpture representing a monument erected in the spirit of defiance of a larger power, 2010, Sculpture en bois, socle, lettrage vinyle, 129 x 150 x 58 cm - Courtoisie de l'artiste, Galerie Rodeo, Istambul et Collection Famille Servais, Bruxelles
 
Taysir BatnijiGH0809, Maison nº24, 2010, trois tirages photographiques couleur, 21 x 29,7 cm chaque - Courtoisie de l'artiste, Galerie Eric Dupont, Paris et Collection Famille Servais, Bruxelles
 
Teresa MargollesRecados póstumos, Cine Alameda. "La maté porque me engañaba me decían mis amigos". 35 años, Cine Avenida. "Adios te dice la fea, la asquerosa que siempre odiaste". 33 años, Cine Estudiante. "Por la constante represión que recibo de mi familia". 19 años, Cine Metropolitan. "Pido perdón a dios por no llegar a ser una buena artista. Pido perdón a dios por quemar mi alma con thiner". 25 años, Cine Tonallan. "No me extrañen, ni me lloren. Haga de cuenta que me fui de viaje y volveré". 14 años, 2006,  photographies couleur, 40 x 51 chaque - Courtoisie de l'artiste, Galerie Labor, Mexico et Collection Famille Servais, Bruxelles
 
Regina José GalindoQuien puede borrar las huellas, 2003, Vidéo couleur, 59 minutes - Courtoisie de l'artiste, Galerie Prometeo, Milan et Collection Famille Servais, Bruxelles
 
Dahn VoLast letter of Saint Théophane Vénard to his father before he was decapited copied by Phung Vo, 2009, 21 x 29,7 cm - Courtoisie de l'artiste, Galerie Xavier Hufkens, Bruxelles et Collection Famille Servais, Bruxelles
 
Liu ChuangLove Stories, 2006, Livres trouvés, cailloux colorés, socle, 239 x 112 cm x 30,5 cm - Courtoisie de l'artiste, Galerie Salon 94, New York et Collection Famille Servais, Bruxelles
 
Sopheap PichLuminous Falls (Four Falls), 2013, Bambou, rotin, cable, toile de jute, plastique, cire d'abeille, résine dammar, charbon, poudre de bronze, poudre de cuivre, 122 x 122 x 8 cm - Courtoisie de l'artiste, Tyler Rollins Fine Arts, New York et Collection Famille Servais, Bruxelles
--
Exhibition views (c) Pascal VANNEAU
 

Développé avec Berta.me