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L'Île aux Mythes

Souvenir de Mwene Mutapa - Cartographie exotique d’une collection

Avec les oeuvres de Khadim AliMeshac Gaba, Thiago Martins de Melo, Otobong Nkanga, Yoon Ji Seon, Shine Shivan, Santi WangchuenEntang Wiharso.

 

Conférence: Les lettres de Danh Vo : autobiographie et art conceptuel, migration du texte et histoire. par Karima Boudou. Amphithéatre Ensa Bourges

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(english version below)

L’île aux Mythes – troisième volet d’exposition de la proposition curatoriale de Nicolas de Ribou,Souvenir de Mwene Mutapa – Cartographie exotique d’une collection – regroupe les œuvres de huit artistes issus de la Collection Famille Servais (Bruxelles). Ils évoquent leurs histoires personnelles, mêlent croyances, origines culturelles et monde contemporain, en faisant souvent appel à des techniques traditionnelles et des récits ancestraux pour donner corps à leurs œuvres. 

L’artiste Khadim Ali, né au Pakistan dans une famille de réfugiés afghans, s’inspire du livre des rois (Shâh Nâmeh), un poème épique composé entre 977 et 1010 par le poète persan Firdauci qui raconte l’histoire mythique de la Perse précédent la conquête islamique du VIIe siècle. L’artiste s’inspire de ses souvenirs d’enfance, de son grand-père lui racontant ces histoires, et utilise la technique neem rang suivant le style de la peinture miniature qu’il maîtrise parfaitement pour créer de grandes tapisseries de style traditionnel dont le sujet fait appel aux héros et légendes de ce panthéon séculaire. 

Les perruques énigmatiques de l’artiste béninois Meschac Gaba sont nées de son projet de Musée de l’art et de la vie active (Mava). Ces coiffures réalisées en tresses africaines invoquaient au début des personnalités reconnues pour leur contribution aussi bien politique, scientifique que culturelle. Cette série s’est par la suite déclinée en représentation de gratte-ciel, de monuments et de voitures dont l’exemplaire présenté ici est une New Beetle (Coccinelle Volkswagen). L’ensemble illustre le conflit immémorial entre les anciens et les modernes, et oppose la tradition aux aspirations d’une société devenue consumériste. 

Originaire de l’état de Maranhao, l’artiste brésilien Thiago Martins de Melo développe une pratique picturale obsessionnelle, peignant les rêves précis de sa femme, des rêves prolifiques, politiquement très engagés et intensément narratifs. Associant des personnages historiques, des populations culturellement diverses et des entités spirituelles, paysannes, mythiques, indigènes et africaines du Brésil, il créé un champ de bataille sur la toile qui véhicule leur lutte et leur histoire mettant en scène le revers subi par ces communautés. 

La pratique artistique pluridisciplinaire de l’artiste nigérienne Otobong Nkanga est définie par sa capacité à s’imprégner de l’accumulation de traces humaines et naturelles laissées dans les objets et les paysages. Avec un regard scientifique, elle observe objets et environnements qui déclenchent la mémoire, la pensée ou l'émotion. L’artiste s’abreuve de larges contextes historiques ainsi que des réalités actuelles en engageant un éventail très ouvert de la production du savoir : de la théorie politique à la philosophie, de la sociologie aux sciences naturelles. 

L’artiste coréenne Yoon Ji Seon commence chaque œuvre en photographiant son visage dans une expression exagérée. Elle coud ensuite cette impression avec plusieurs couches de fils colorés, laissant seuls les yeux apparaître à travers les mailles, lui donnant l’aspect d’un masque traditionnel. Elle brouille les distinctions entre photographie, sculpture, peinture et artisanat, en entrelaçant le mode numérique de la photographie et le procédé manuel de la couture. Rag Face évoque le statut de la femme dans la culture coréenne et la popularité croissante de la chirurgie esthétique parmi ses jeunes. 

L’œuvre de l’artiste indien Shine Shivan interroge les constructions sociales et met en lumière le spectre sans fin des différences entre les sexes, les perceptions de la beauté, les relations interpersonnelles et les désirs dans un va-et-vient permanent entre mythologie indienne et réalités contemporaines. La sculpture Flesh with the crowd surgit telle une divinité issue d’un pays imaginaire, tandis que le dessin Khoon Saja Lothda représente une foule de personnages mortifères à l’érotisme brutal. 

Les œuvres tissées à la main de l’artiste thaïlandais Santi Wangchuen s’inspirent des traditions de sa famille et intègre la religion, les histoires, l’équipement et les outils de sa ville natale. Né dans une famille de tisserands traditionnels, il a acquis ces compétences dès son plus jeune âge auprès de sa grand-mère, et grâce à ses sculptures, il perpétue un savoir-faire et conserve une technique artistique sur le point de disparaitre à mesure que les communautés provinciales sont confrontées à une urbanisation rapide. L’artiste tisse ensemble des objets liés à des souvenirs intimes et des effets personnels qui appartenaient aux membres de sa famille. 

Dans l’œuvre de l’artiste indonésien Entang Wiharso, ses expériences personnelles sont combinées à une analyse approfondie des conditions socio-politiques de son pays, le langage utilisé est composé de symboles et de personnages qui évoquent l’histoire et la mythologie en particulier de l’île de Java. Son travail présente des profils ambigus, semblables aux formes des géants des mythes de Java, et les associe à des éléments actuels. Sa sculpture murale en aluminium moulé Too Close marie une sensibilité pour la bande dessinée avec des récits moraux sur l’engouement, l’intolérance, la rétribution et l’amour.

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L’île aux Mythes – the third installment of Nicolas de Ribou’s curatorial proposition, Souvenir de Mwene Mutapa – Cartographie exotique d’une collection, gathers works from eight artists extracted from the Collection Famille Servais (Brussels). They recall their personal stories, blending beliefs, cultural origins and the contemporary world, frequently summoning traditional techniques and ancient narratives to shape their works.

Khadim Ali was born in Pakistan in a family of Afghan refugees. His work is inspired from the Book of Kings (the Shahnameh), an epic poem composed between 977 and 1010 by Persian poet Ferdowsi, telling the mythical history of Persia before the Islamic conquest in the seventh century. The artist draws from his childhood memories, from his grandfather’s tales, and uses the neem rang technique, following the art of miniature painting he has perfected to create large, traditional-style tapestries focused on the heroes and legends from this immemorial hall of fame.

The mysterious wigs created by Beninese artist Meschac Gaba stem from a project entitled Musée de l’art et de la vie active (Mava). Woven from artificial braided hair, they initially represented figures known for their political, scientific or cultural contribution. The series then switched toward representations of skyscrapers, monuments, and cars – among which a New Beetle is here on display. The series as a whole highlights the long-standing conflict between the ancient and the modern, opposing tradition to the contemporary expecation of a consumerist society.

A native of Maranhão state, Brazilian artist Thiago Martins de Melo develops an obsessive pictorial practice, painting the precise dreams of his wife – prolific, politically committed and intensely narrative visions. Mixing historical figures, culturally diverse populations and spiritual, agrarian, mythical, indigenous and African entities from Brazil, he summons a battlefield on his canvas, conveying their struggles and their history, and staging the setback these communities experienced.

The multidisciplinary approach of Nigerian artist Otobong Nkanga is characterized by her capacity to absorb the accumulation of human and natural prints left in objects and landscapes. Adopting a scientific outlook, she observes objects and environments that trigger memory, thought or emotions. Nkanga draws from extended historical contexts and current realities, summoning a wide range of knowledge productions: from political theory to philosophy, from sociology to natural science.

Korean artist Yoon Ji Seon begins each work by photographing her face with an exaggerated expression. She then sews this print with several layers of colored strings, leaving only her eyes visible underneath the stitches, conveying the aspect of a traditional mask. She blurs the distinctions between photography, sculpture, painting and craftsmanship, and intertwines the digital mode captured by photography and the manual process of sewing. Rag Face brings up the status of women in Korean culture and the increasing popularity of plastic surgery among the youth.

The work of Indian artist Shine Shivan questions social constructs and highlights the infinite range of differences between genders, the perceptions of beauty, interpersonal relations, and desires through a constant exchange between Indian mythology and contemporary reality. The sculpture Flesh with the Crowd emerges like a divinity from an imaginary land, while the drawing Khoon Saja Lothda depicts a crowd of violently erotic, dreadful figures.

The hand-sewn works by Thai artist Santi Wangchuen draw from his family tradition and integrate religion, narratives, equipment and tools from his native town. Born among a family of traditional weavers, he acquired these skills at a very young age through his grandmother. With these sculptures, he perpetuates a sense of craftsmanship and preserves an endangered artistic technique as provincial communities are faced with rampant urbanization. The artist weaves together objects related to intimate memories and personal artifacts that belonged to members of his family.

In the work of Indonesian artist Entang Wiharso, personal experience is combined to an in-depth analysis of the socio-political conditions of his country. He uses a language composed of symbols and figures summoning history and mythology, particularly attached to the Island of Java. His work unveils ambiguous profiles, reminiscent of the gigantic shapes from Javanese myths, and blends them with contemporary elements. His mural die-cast aluminum sculpture Too Close marries an inclination toward comic books with cautionary tales focused on infatuation, intolerance, retribution and love.

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Khadim Ali, Transition / Evacuation 3, 2014, 260 x 218 cm, laine, file de coton et encre - Courtoisie de l’artiste, Galerie Arndt, Singapour et Collection Famille Servais, Bruxelles 

Meschac Gaba, New Beetle (Voiture-Car Tresse Perruque), 2008, 66 x 63 x 30 cm, cheveux artificiels tréssés, coquillages et buste de mannequin - Courtoisie de l’artiste, Galerie In Situ Fabienne Leclerc, Paris et Collection Famille Servais, Bruxelles

Thiago Martins de Melo, O Ouro’Aborto da Brancura e a Cerca Fecal do Dono da Terra, 2012, 300 x 180 cm, huile sur toile - Courtoisie de l’artiste, Galerie Mendes Wood DM, Sao Paulo et Collection Famille Servais, Bruxelles

Otobong Nkanga, Pleasure Fragments, 2002, dimensions variables, céramique, tissu et ensemble de six lithographies - Courtoisie de l’artiste, Galerie In Situ Fabienne Leclerc, Paris et Collection Famille Servais, Bruxelles

Shine Shivan, Khoon Saja Lothda, 2014, 213 x 183 x 122 cm, matériaux mixtes - Courtoisie de l’artiste, Galerie Felix frachon, Bruxelles et Collection Famille Servais, Bruxelles

Shine Shivan, Flesh with the crowd, 2016, charbon, encre et aquarelle sur papier de riz collé sur toile - Courtoisie de l’artiste, Galerie Felix frachon, Bruxelles et Collection Famille Servais, Bruxelles

Yoon Ji Seon, Rag Face #52, 2013, 104,5 x 72 cm, couture sur tissu et photographie - Courtoisie de l’artiste, Galerie Yossi Milo, New York et Collection Famille Servais, Bruxelles

Entang Wiharso, Too close, 2009, 80 x 120 cm, aluminium moulé - Courtoisie de l’artiste, Galerie Primo Marella, Milan et Collection Famille Servais, Bruxelles

Santi Wangchuen, Weaving Work: Gift No.2, 2012, 150 x 200 cm, corde, fil, outil de tissage ancien et panier de pêche - Courtoisie de l’artiste, Galerie Yeo Workshop, Singapour et Collection Famille Servais, Bruxelles

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Exhibition views (c) Pascal VANNEAU

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