abel nicosdriou project

Souvenir de Mwéné Mutapa

Cartographie exotique d'une collection 

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5 Janvier - 15 Avril 2017

La Box, Ecole nationale Supérieure d'Art de Bourges

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Une proposition curatoriale de Nicolas de Ribou composée de trois volets d'exposition d'oeuvres issues de la Collection Famille Servais, de rencontres et d'un espace de recherche réalisé en collaboration avec Fabrice Sabatier (.CORP) et Dieudonné Cartier.

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ÎLE AUX LIGNES (5 Janvier – 4 Février 2017)

Marcos Avila Forero, Fayçal Baghriche, Andrea Canepa, Bouchra Khalili, Daniela Ortiz, Paulo Nazareth, Rona Yefman & Tanja Schlander.

 

ÎLE DE LA MEMOIRE (9 Février – 11 mars 2017)

Taysir Batniji, Cengiz Çekil, Liu Chuang, Regina José Galindo, Frizia Irizar, Iman Issa, Teresa Margolles, Sopheap Pich, Danh Vo.

 

ÎLE AUX MYTHES (16 Mars – 15 Avril 2017)

Khadim Ali, Meshac Gaba, Thiago Martins de Melo, Otobong Nkanga, Yoon Ji Seon, Shine Shivan, Santi Wangchuen, Entang Wiharso.

FR-

Une légende date la fondation de l’empire du Mwene Mutapa dès la première moitié du XVe siècle par un prince du Zimbabwe, envoyé au nord du royaume pour y chercher de nouvelles mines de sel. Il aurait fait la conquête de ces terres en bordure de l’océan Indien, situées entre la Limpopo au sud et le Zambèze au nord, occupant de hauts plateaux à plus de 1000 mètres d’altitude, pour s’y établir sous le titre de Mwene Mutapa (le seigneur des mines), nom que porte également son empire. Le commerce de l’ivoire, du cuivre et de l’or avec les Arabes, les Hindous et les Indonésiens permet l’enrichissement de la region commencé quelques siècles auparavant comme le révèle Ibn Battuta en 1331 lors de sa visite des ports de Kilwa et Sofala, villes de marchands arabes qui deviendront ensuite comptoirs portugais. Les basses terres insalubres et les difficultés de navigation fluviale protègent pendant de nombreuses années le Mwene Mutapa et ses mines de la convoitise des colons de toutes origines, jusqu’à son déclin. Le Mwene Mutapa reste malgré tout objet de curiosité de la part des explorateurs, qui croient que les vestiges de pierre que les indigènes évoquent sont ceux du légendaire pays d’Ophir, d’où le roi Salomon tirait son or et ses trésors. Des fouilles archéologiques ont par ailleurs révélé la présence aux côtés d’objets africains en cuivre, or et ivoire, un certain nombre d’ustensiles et d’œuvres d’art importés (perles indiennes, fragments de porcelaine chinoise, faïence persane et verre syrien), ainsi que des soieries et des cotonnades des Indes et d’Asie orientale.

Le marché de l’art contemporain a ses classiques, ses destinations, lieux de rendez-vous connus de tous, qu’il s’agisse de foires annuelles (Basel, Miami, Londres, New York, Paris, etc), de ventes selon les saisons (Sothebys, Christies et consorts) ou bien encore d’évènements chroniques (Biennale de Venise, Dokumenta Kassel, Skulptur Project Munster, etc.). Là s’échange à des sommes astronomiques la production d’une minorité de créateurs occidentaux qu’une frange d’acheteurs également occidentaux s’arrache au sein d’une bulle financière rassurante. Cependant, de nouvelles dynamiques s’affirment dernièrement en révélant de nouvelles scènes émergentes, le Brésil et la Chine en tête, se répercutant sur leurs voisins : Mexique, Argentine, Colombie d’un côté, Japon, Indonésie, Inde, Singapour de l’autre, sans oublier également le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. La création et le développement d’initiatives aussi bien marchandes que culturelles (foires, biennales, fondation, etc) dans ces régions redessinent la carte des mouvements migratoires d’une espèce loin d’être en voie de disparition, le collectionneur. 

Tandis que ceux des scènes émergentes achètent majoritairement des artistes locaux, les autres partent en explorateur pour découvrir, apprécier et ramener les spécimens qui complèteront leur trésor, et attiseront la curiosité de leurs semblables. Pendant longtemps, les œuvres d’art issues de ces pays entraient exclusivement dans des collections ethnographiques comme productions naturelles de leurs régions. Par la suite, la volonté d’étudier ces pièces pour leur propre langage plastique, d’en apprécier et d’en dégager le langage formel s’est fait jour. Quel(s) regard(s) portons-nous aujourd’hui sur les productions actuelles de ces territoires ? Qui sont leur(s) créateur(s) ? Quelles en sont leur(s) esthétique(s) ? Que nous enseignent-elles ? Quelle(s) motivation(s) à notre enthousiasme et à celui de ces collectionneurs globe-trotteurs ? Serait-ce le mauvais écho de notre passé colonial, ou bien une tentative d’ouverture à l’Autre ? Car l’exotisme n’est-il pas, comme le dit Victor Segalen, tout ce qui est Autre. Jouir de lui est apprendre à déguster le divers.

Cette recherche prendra comme objet la Collection Famille Servais. Conseiller financier indépendant et collectionneur averti, Alain Servais partage dans un loft de trois étages à Bruxelles, sa collection de quelques centaines d’œuvres d’art contemporain acquises lors des vingt dernières années. Chaque année, il parcourt le monde axant désormais ses déplacements vers de nouveaux horizons. Dans sa collection, on trouve une orientation non occidentale, en réaction aux évolutions du monde. Selon lui, l’Occident s’enlise dans son confort en ignorant le reste du monde. « L’art occidental est actuellement un art de confort, il est devenu un produit de luxe, privé de sens ou d’objectif réel. Un jour, une connaissance habitant Sao Paulo m’a expliqué que l’art brésilien était d’une grande puissance parce qu’il représentait le paroxysme des tensions internes du pays. Je pense que l’art le plus fort est le fruit de tensions. En Occident, nous tentons de les supprimer artificiellement.»

ENG-

According to one legend, the Kingdom of Mutapa was founded in the first half of the fifteenth century by a Zimbabwean prince sent to the northern part of the territory to search for new salt mines, and who allegedly conquered these lands, located on the fringes of the Indian Ocean, stretching between the Limpopo in the South through the Zambezi in the North, occupying highlands more than 1000 meters high. He called himself the Mwene Mutapa (“Lord of the Mines”), a title also designated his empire itself. The trade of ivory, copper and gold with the Arabs, the Hindus and the Indonesians made the region even wealthier than it was several centuries before, as Ibn Battuta reported in 1331 upon visiting the ports of Kilwa and Sofala, Arab merchant towns that later became Portuguese trading posts. For a long time – until the downfall of the kingdom – the Mwene Mutapa and its mines were protected from the greed of colons of all kinds by its hostile lowlands and arduous fluvial access. The country nevertheless raised the curiosity of explorers, who believed that the ruins mentioned by indigenous people were part of the mythical land of Ophir, the source of King Solomon’s gold and riches. Archaeological digs also revealed the presence – besides copper, golden and ivory African objects – of a number of imported utensils and artworks (Indian pearls, fragments of Chinese porcelain, Persian earthenware and Syrian glassware) as well as silk and cotton fabric from India and Eastern Asia.


The contemporary art market has its own classic destination and world-famous meeting places, from annual fairs (Basel, Miami, London, New York, Paris, and so on), to seasonal auctions (Sotheby’s, Christies and the like) and regular events (the Venice Biennial, Documenta Kassel, Skulptur Project Munster, and so on). In these places, the production of a minority of Western artists is sold for astronomical amounts of money to a fringe of Western buyers that compete with each other within a reassuring bubble. However, new dynamics have recently received attention, and revealed emerging scenes, with Brazil and China at the forefront, a phenomenon that had repercussions on their neighboring countries: Mexico, Argentina and Colombia on the one hand, Japan, Indonesia, India, and Singapore, as well as, of course, the Middle-East and Northern Africa. The creation and development of commercial and cultural initiatives (fairs, biennials, foundations, and so on) in these regions have redefined the migratory routes of an endangered species: the collector.

While those interested in emerging scenes mainly buy works by local artists, other collectors set to explore new territories, seeking to discover, appreciate and bring back the specimens that will complete their treasures and attract the curiosity of their peers. For a long time, art works from these countries would only be attached to ethnographic collections as natural, regional productions. But then came the desire to study these pieces for the sake of their particular plastic language, to appreciate and identify their formal language. How do we look at the current productions from these territories? Who creates them? What are their aesthetics? What lessons do they teach us? How do they animate our and the globetrotting collectors’ enthusiasm? Is it a sinister echo of our colonial past, or an attempt at connecting with the Other? In the words of Victor Segalen, exoticism is everything which is other. Taking pleasure from it means learning how to savor the diverse.

This research will focus on the Servais Collection. Over the last twenty years, independent financial counselor and learned collector Alain Servais has gathered a collection of hundreds of contemporary artworks kept in a three-story loft in Brussels. Each year, he travels around the world, seeking new horizons. His collection is marked by a non-Western focus, as a reaction to the evolution of the world. According to Servais, the West is gradually getting stuck in its own comfort while ignoring the rest of the world. “Western art is currently an art of comfort, it has become a luxury product, devoid of meaning and of real objectives. Once, a relation living in São Paulo told me that the Brazilian art was so powerful because it represented the apex of the country’s internal tensions. I believe that the most powerful art results from tensions. In the West, we tried to artificially suppress them.”

Translated by Jean-François Caro

Développé avec Berta.me